27 août 2026 - 18:53
MSF alerte sur l’aggravation de la malnutrition infantile dans le nord du Yémen

L’organisation Médecins sans frontières (MSF) a alerté sur la dégradation des services de santé et de prise en charge de la malnutrition dans le nord du Yémen, indiquant que ses équipes sont confrontées à un nombre croissant d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère et de graves complications médicales. Cette situation intervient alors que les financements consacrés à l’aide humanitaire au Yémen ont fortement diminué.

Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : Selon MSF, plus d’une décennie de conflit et la dégradation des conditions économiques continuent d’exposer les enfants à travers le Yémen à des niveaux alarmants de malnutrition. Parallèlement, la forte diminution de l’aide internationale au Yémen depuis 2025 a conduit plusieurs prestataires de services, notamment dans les régions du nord, à réduire ou à suspendre leurs activités.

Dans les gouvernorats de Hajjah et d’Al-Hodeïda, cette baisse des financements a entraîné un manque de personnel et d’équipements dans certains établissements de santé, limitant l’accès des enfants yéménites malnutris à des soins rapides et adaptés.

Moins de services, des trajets plus longs

Médecins sans frontières souligne que les familles vivant dans les zones rurales rencontraient déjà d’importantes difficultés pour accéder aux soins en raison de l’éloignement, du mauvais état des routes et du coût des transports. La fermeture ou la réduction des programmes de santé et de nutrition a toutefois rendu cet accès encore plus difficile.

À l’hôpital Al-Salam, soutenu par MSF dans la ville de Khamer, une mère a indiqué avoir voyagé pendant huit heures pour amener son bébé de trois mois à l’hôpital, faute de pouvoir obtenir les soins nécessaires dans la région où elle vit, dans le gouvernorat d’Al-Jawf.

L’organisation avertit que les retards dans l’accès aux soins peuvent transformer des maladies traitables en urgences médicales. Certains enfants arrivent ainsi dans ses structures avec de graves complications, notamment la rougeole.

Forte hausse des cas de malnutrition

Entre janvier et juin 2026, les équipes de MSF à l’hôpital Al-Salam ont pris en charge 1 296 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications médicales. Sur la même période en 2025, ce chiffre était de 798 enfants, soit une augmentation de 62 %.

Durant cette même période, les équipes mobiles de prise en charge nutritionnelle rattachées à l’hôpital ont traité 1 775 enfants malnutris, dont 1 251 cas de malnutrition aiguë sévère et 524 cas de malnutrition aiguë modérée.

À l’hôpital général d’Abs, dans le gouvernorat de Hajjah, les équipes de MSF ont également pris en charge 1 245 enfants malnutris au cours des six premiers mois de l’année. Beaucoup d’entre eux présentaient déjà des complications médicales à leur arrivée.

La malnutrition connaît également une forte progression chez les mères yéménites. Le nombre de cas est passé de 689 en 2025 à plus de 1 260 au cours des six premiers mois de 2026. Cette situation augmente les risques de complications pour les mères et les nouveau-nés, notamment les naissances prématurées.

Dans les structures médicales soutenues par MSF à Mokha, dans le gouvernorat de Taëz, 4 909 enfants souffrant de malnutrition aiguë ont été identifiés entre janvier et juin. Parmi eux, 1 637 souffraient de malnutrition aiguë sévère et 3 236 de malnutrition aiguë modérée.

Dans le gouvernorat d’Al-Hodeïda, MSF fait également état d’une forte augmentation des cas complexes de malnutrition aiguë sévère. En l’espace de six mois, l’organisation a pris en charge plus de la moitié du nombre total de cas enregistrés sur l’ensemble de l’année 2025.

Médecins sans frontières souligne que l’augmentation de la malnutrition ne peut pas être attribuée uniquement à la saison agricole, durant laquelle une hausse des cas est généralement observée à partir du mois d’avril. La dégradation des conditions de vie et la diminution de l’accès aux services de santé contribuent également à l’aggravation de la situation.

« Aïnur Absimitova », responsable du bureau de MSF au Yémen, a déclaré que ce que l’organisation prend actuellement en charge ne représente que « la partie émergée de l’iceberg ». Elle a appelé à garantir des financements durables, un soutien flexible des donateurs et un renforcement de la coopération afin de répondre aux besoins croissants liés à la malnutrition au Yémen.

MSF avertit enfin que la poursuite du manque de services de soins primaires et de santé publique pourrait contraindre davantage de familles à parcourir de longues distances pour accéder aux soins. Un nombre croissant d’enfants risquerait ainsi d’arriver à l’hôpital à un stade où leur état de santé est déjà fortement dégradé.

Fin/229

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